Cette découverte a surpris les Français : l’histoire du passeport français !

par Vivien Soucy

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Tout a commencé par un matin ordinaire sur l’une des vieilles places du centre de Lyon — la place des Terreaux, célèbre pour ses pavés et ses rangées serrées de bistrots. Lors du nettoyage programmé du centre historique, les jets d’eau des tuyaux des services municipaux ont délogé d’un interstice entre les pavés un petit objet de couleur bordeaux foncé. Il s’agissait d’un vieux passeport français, délivré en 1942. L’eau et le temps avaient fait leur œuvre : la couverture était incrustée de saleté et certaines pages étaient collées, mais le doré du nom de l’institution – « Préfecture du Rhône » – était encore lisible. On aurait dit que des centaines de milliers de pieds qui avaient arpenté cette place au fil des décennies avaient enfoncé le document dans la chaussée, le cachant aux regards jusqu’à ce qu’une averse soudaine le ramène à la lumière.

Lorsqu’on a pu sécher et ouvrir délicatement la trouvaille, l’identité du propriétaire est apparue aux yeux ébahis des employés de la mairie. Le passeport appartenait à un homme nommé Henri Duval, né en 1898. La photo collée sur le premier volet montrait un homme sévère, à la moustache épaisse et au regard perçant. Les visas et les tampons présentaient un intérêt particulier. Le passeport avait été délivré durant l’Occupation, comme en témoignaient les cachets de la kommandantur allemande. Mais le plus surprenant était que le dernier tampon sur la page jaunie datait de 1944 – l’année de la Libération de Lyon. Les pages suivantes étaient d’une blancheur immaculée. On aurait dit qu’un jour, dans la confusion d’une rafle ou lors d’une manifestation spontanée, le propriétaire avait laissé tomber le document sur la place et ne l’avait plus jamais retrouvé.

Obsédés par l’idée de percer ce mystère, les agents des services municipaux et des historiens locaux ont mené l’enquête. Il s’est avéré qu’Henri Duval n’était pas qu’un simple passant, mais un résistant. Pendant la guerre, la place des Terreaux était un lieu animé de commerce et de collecte d’informations, mais on y organisait aussi fréquemment des rafles. Selon les documents, en 1943, il figurait sur les listes du Service du travail obligatoire (STO), mais à en juger par le passeport, il n’avait jamais quitté la France. Les historiens ont émis l’hypothèse qu’après avoir obtenu ce passeport pour voyager, Henri avait soit tenté de falsifier les cachets, soit s’en était débarrassé en toute hâte lors d’un contrôle sur la place, préférant disparaître dans le labyrinthe des traboules lyonnaises plutôt que de présenter des papiers soudain devenus trop dangereux.

Après plusieurs mois de recherches, les descendants d’Henri Duval ont été retrouvés. Il s’agissait d’une femme âgée vivant dans la banlieue de Marseille, qui refusait de croire que le passeport de son père ait pu être conservé. La rencontre fut émouvante : lorsque la femme prit en main le petit livret jauni, elle fondit en larmes. Selon elle, son père avait toujours raconté qu’il avait perdu ses papiers justement lors d’une rafle place des Terreaux en 1944, en s’enfuyant par les traboules. Il pensait que le passeport avait à jamais disparu dans une flaque d’eau ou avait été brûlé, et il avait regretté cette perte toute sa vie. Ce passeport retrouvé n’était pas pour elle une simple relique historique, mais la preuve matérielle d’un moment dramatique qui avait failli coûter la vie à son père.

L’histoire de ce passeport illustre parfaitement comment une découverte fortuite sur une place animée peut rétablir un lien avec le passé. Aujourd’hui, le document occupe une place de choix dans les archives familiales des Duval, et sur la place des Terreaux, à l’endroit même où il a été trouvé, les habitants ont initié l’installation d’une petite plaque commémorative rappelant les événements de la guerre. Ce qui a été piétiné pendant des décennies et considéré comme définitivement perdu est devenu un témoignage vivant d’un destin humain. Le passeport français retrouvé entre les pavés d’une vieille place a raconté l’histoire non seulement d’un homme, mais de toute une génération dont la vie a été à jamais bouleversée par la guerre.